Les petites chenilles vertes qui défolient un rosier en quelques jours ne sont généralement pas des chenilles. Dans la majorité des cas, nous avons affaire à des larves de tenthrèdes, des hyménoptères apparentés aux guêpes, ou à des chenilles arpenteuses comme celles d’Operophtera brumata. La distinction conditionne le choix du traitement : un produit à base de Bacillus thuringiensis (Bt) agit sur les lépidoptères, pas sur les larves de tenthrèdes.
Tenthrède ou chenille sur rosier : une identification qui change le traitement
La confusion entre fausse chenille de tenthrède et vraie chenille de lépidoptère est le premier piège. Les larves de tenthrèdes possèdent plus de cinq paires de fausses pattes abdominales, contre deux paires maximum pour une chenille arpenteuse. Leur posture en S quand on les dérange est caractéristique.
Operophtera brumata, la phalène brumeuse, produit une petite chenille verte ornée d’une ligne dorsale sombre et de deux lignes latérales blanches. Elle ne mesure qu’un centimètre environ et se déplace en arpentant. Les larves de tenthrèdes, elles, restent groupées sur le bord des feuilles et les squelettisent méthodiquement.
Cette identification n’est pas anecdotique. Le Bt est inefficace sur les tenthrèdes car ce sont des hyménoptères et non des lépidoptères. Appliquer du Bt sur des fausses chenilles revient à gaspiller un produit de biocontrôle sans résultat. Nous recommandons de retourner une feuille attaquée et de compter les paires de fausses pattes avant toute intervention.

Savon noir et purin contre les larves de tenthrèdes sur rosier
Sur les tenthrèdes, la solution la plus directe reste le ramassage manuel, efficace quand l’infestation est localisée. Leurs larves se regroupent en colonies visibles, ce qui facilite le travail.
Pour les atteintes plus étendues, une pulvérisation de savon noir dilué à environ cinq pour cent agit par contact en obstruant les stigmates respiratoires des larves. Le traitement doit être appliqué le soir pour éviter les brûlures foliaires et limiter l’impact sur les auxiliaires diurnes.
- Savon noir liquide dilué dans de l’eau tiède, pulvérisé directement sur les colonies de larves, en insistant sous les feuilles.
- Purin d’ortie fermenté, utilisé en pulvérisation foliaire, dont l’effet répulsif complète l’action mécanique du savon.
- Jet d’eau à pression modérée pour déloger les larves au sol, où elles deviennent des proies faciles pour les carabes et les oiseaux.
Nous observons que la combinaison ramassage manuel et savon noir suffit dans la grande majorité des situations sur rosiers d’ornement. Le recours à un insecticide, même homologué en biocontrôle, se justifie rarement sur ce type de ravageur.
Bacillus thuringiensis : le bon usage contre les chenilles arpenteuses du rosier
Quand l’identification confirme une vraie chenille de lépidoptère (arpenteuse, tordeuse), le Bt var. kurstaki est le traitement naturel de référence. La bactérie produit une toxine qui détruit le tube digestif des larves de papillons après ingestion.
Le Bt doit être ingéré pour agir, ce qui implique de pulvériser sur le feuillage intact que les chenilles vont consommer, pas sur les feuilles déjà squelettisées. Le traitement perd son efficacité sous la pluie et sous un rayonnement UV intense. Nous recommandons une application en fin de journée, renouvelée après chaque épisode pluvieux.
La sélectivité du Bt est son principal atout : il n’affecte ni les abeilles, ni les coccinelles, ni les syrphes. En revanche, il touche toutes les larves de lépidoptères, y compris celles de papillons non nuisibles. Limiter le traitement aux zones réellement infestées plutôt que de traiter l’ensemble du jardin protège la biodiversité locale.

Auxiliaires et prévention : réduire la pression des chenilles vertes sur rosiers
Les mésanges consomment des quantités considérables de chenilles et de larves de tenthrèdes pendant la période de nourrissage des oisillons, qui coïncide avec le pic d’activité des ravageurs au printemps. Installer des nichoirs à proximité des massifs de rosiers produit des résultats mesurables dès la deuxième année.
Les guêpes parasitoïdes et les syrphes contribuent aussi à la régulation naturelle. Un jardin qui maintient des zones non tondues, des ombellifères en fleur et des haies diversifiées héberge davantage de ces auxiliaires qu’un espace entièrement entretenu.
Sur le plan cultural, quelques gestes réduisent la pression :
- Supprimer les feuilles tombées et les résidus végétaux sous les rosiers en automne, car certaines tenthrèdes nymphosent dans le sol superficiel.
- Inspecter régulièrement le revers des feuilles dès le débourrement pour intervenir avant que les colonies ne s’installent.
- Éviter les excès d’azote qui produisent une végétation tendre, plus attractive pour les ravageurs foliaires.
L’INRAE préconise une logique de lutte intégrée préventive qui repose sur l’observation régulière, les barrières physiques et le recours aux auxiliaires avant tout traitement, même biologique. Cette approche demande de la constance mais limite le recours aux intrants.
Un rosier attaqué par des chenilles vertes ou des larves de tenthrèdes se remet généralement bien si l’intervention est précoce. Les dégâts spectaculaires de mi-printemps, où un arbuste peut perdre la quasi-totalité de son feuillage en quelques jours, provoquent souvent une repousse complète avant l’été. Le réflexe le plus utile reste de retourner une feuille, compter les pattes et choisir le bon levier en conséquence.

