«

»

Imprimer ceci Article

Horizon 2030

Révolution numérique, robotique, écologie : les secteurs innovants recruteront des personnels hautement qualifiés, ingénieurs, techniciens, mais aussi des ouvriers spécialisés.

C’est loin 2030, mais c’est demain. Surtout pour un lycéen ou un étudiant. Si personne ne peut dire avec certitude à quoi ressemblera alors le marché de l’emploi, certaines tendances dessinent déjà les contours de l’économie française de demain et donc les compétences d’un travailleur des années 2030.

« Le marché de l’emploi va continuer de se tertiariser et se polariser entre des emplois très qualifiés et des emplois peu qualifiés, assure le département travail-emploi du Commissariat général à la stratégie et la prospective (CGSP, ex-conseil d’analyse stratégique). En Europe comme aux Etats-Unis, on constate une demande de personnel d’encadrement et de nouveaux métiers à fort contenu cognitif émergent, du fait de l’importance que prend l’innovation. »

DEUX POLES : EMPLOIS TRES QUALIFIES ET PEU QUALIFIES

Sur le 1,5 million d’emplois supplémentaires attendus d’ici à 2020, plus de 550 000 seront des emplois de cadres, selon la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). A l’autre pôle, 260 000 emplois créés seront des postes d’employés peu qualifiés, notamment d’aides à domicile, d’assistantes maternelles et d’employés de l’hôtellerie-restauration.
Selon des projections du CGSP publiées en janvier 2012, trois types d’activités devraient regrouper l’essentiel des créations d’emplois : les services d’utilité collective ou liés à la personne ; les services aux entreprises (logistique financière, commerciale, activités de conseil, communication) ; et la construction.

A l’inverse, le quart des destructions d’emplois d’ici à 2030 concerneraient les services généraux de la fonction publique. « Beaucoup de départs à la retraite ne seront pas remplacés dans des fonctions administratives, d’assistant ou de secrétaire. On va vers un renforcement des postes de cadre, de gestionnaire, d’urbaniste très qualifié et, de l’autre côté, vers l’externalisation de la maintenance ou de la comptabilité », estime Christophe Catoir, directeur général du pôle executive du groupe Adecco France.

La part de l’industrie dans l’emploi total pourrait se stabiliser autour de 10 % en 2030, ce qui, selon le CGSP, s’explique, entre autres, par un ralentissement de l’externalisation vers d’autres pays.

INTERNET, ROBOTIQUE, ÉNERGIES RENOUVELABLES…

Certains secteurs industriels détruiront des emplois d’ici à 2030, notamment ceux soumis à une forte concurrence internationale (textile, automobile, métallurgie), précise cette note. Mais un scénario alternatif est envisageable, juge Christophe Catoir : « Les écarts de coûts avec les pays émergents (Chine, Inde…) seront moins importants, rendant possible une réindustrialisation de la France. »

Dans tous les cas, « la demande d’emplois peu qualifiés chutera dans l’industrie. Mais celle de bac + 2, + 3, dotés d’une bonne formation technique, en électronique par exemple, se maintiendra », indique le CGSP. « Coexisteront d’un côté des personnels hautement qualifiés de type ingénieur, technicien, explique Alain Roumilhac, président de ManpowerGroup France, et de l’autre des ouvriers avec des compétences manuelles, techniques, très pointues, mais pas de main-d’œuvre d’exécution. »

Au-delà de certaines continuités, des chocs technologiques et économiques ne sont pas à exclure, avec un impact très fort sur les compétences recherchées et le niveau de l’emploi. Le cabinet d’études McKinsey a ainsi identifié, dans un rapport publié en mai 2013, douze technologies qui changeront la face de l’économie mondiale. Parmi celles-ci : l’Internet des objets connectés, la robotique, l’impression 3D, les matériaux avancés ou encore les énergies renouvelables. A défaut de pouvoir anticiper des métiers précis, le CGSP préconise de repenser la formation initiale et de développer la formation continue, afin de doter les travailleurs de compétences transversales (lecture, écriture, capacités organisationnelles ou relationnelles) et transférables (d’un secteur professionnel à un autre), sachant que près d’un jeune sur deux travaille déjà dans un métier ou un secteur pour lequel il n’a pas été spécifiquement formé.

PROTECTEUR, OPTIMISATEUR, STORYTELLER

« Se reconvertir, se former de façon régulière sera indispensable, estime Christophe Catoir, d’Adecco : les cycles sont plus courts et les technologies évoluent très rapidement. Pour les diplômés du supérieur, il s’agit d’acquérir une capacité d’apprendre à apprendre. Dans les métiers peu ou pas qualifiés, la capacité à s’adapter, à pouvoir communiquer efficacement sera importante. » Dans une société de services, les qualités de « savoir-être » seront très recherchées.

En recensant des métiers en émergence, le groupe Manpower a isolé trois grandes figures de l’emploi de demain. Le « protecteur », chargé de minimiser le risque économique, environnemental et humain (responsable qualité, environnement, responsable sécurité et risques des systèmes d’information). L’« optimisateur », chargé d’assurer une meilleure rentabilité et une maîtrise des coûts (yield manager, ingénieur d’études en efficacité énergétique). Enfin, la figure du « storyteller », liée au développement continu des fonctions de communication, aussi bien interne qu’externe (chargé du contenu éditorial, des partenariats, de la valorisation de la recherche).

Au niveau de la société, le vieillissement de la population va avoir un impact majeur. En 2030, 30 % de la population française aura plus de 60 ans et 12,3 % plus de 75 ans, selon l’Insee. « La “silver économy” (en référence aux cheveux gris des plus âgés) développera des emplois dans les services, mais aussi dans l’industrie, avec la domotique et les nouvelles technologies pour l’autonomie des personnes (commandes à distance, alarmes…) », explique le CGSP.

ETATS-UNIS : 47% DES EMPLOIS AUTOMATISES D’ICI VINGT ANS

« L’économie verte sera une autre tendance majeure d’ici à 2025, indique le CGSP. Il y aura une demande de spécialistes du traitement de l’eau, des déchets ou de la dépollution », estime aussi Alain Roumilhac, de Manpower France. « Le secteur de la construction aura besoin de techniciens du bâtiment et du génie civil », complète Christophe Catoir, d’Adecco.

Et, en surplomb, « le numérique va continuer de bouleverser le monde d’ici à 2030, rappelle Alain Roumilhac. Il y a dix ans, des métiers comme ceux de “data analyst” ou “community manager” étaient inconnus ». Selon une récente étude de l’université d’Oxford, 47 % des emplois aux Etats-Unis pourraient être automatisés d’ici vingt ans. Même prise avec précaution, cette « prédiction » met en lumière la capacité des ordinateurs et autres robots à réaliser des tâches de plus en plus complexes. Une vague qui risque de bientôt toucher les travailleurs « intellectuels », selon un rapport du cabinet McKinsey.

« En choisissant son orientation, conclut Christophe Catoir, il faut évidemment regarder les secteurs porteurs, mais il faut aussi chercher là où on travaillera avec plaisir, car il existe toujours une incertitude sur ce qui va se passer d’ici quinze ans. » En attendant, le CGSP doit publier dans les prochains mois une nouvelle étude : Prospective des métiers et qualifications.

jeu-vertical-hong-kong-01-491x700

Cinq secteurs porteurs :

Si la majorité des secteurs d’activité est fortement ralentie par la tempête économique que traverse la France, une poignée d’entre eux sort les grandes voiles et file vers plus de croissance et d’emploi, indiquent les prévisions de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares).

SECTEUR DES SERVICES AUX ENTREPRISES : 352 000 créations nettes d’emplois entre 2010 et 2020.

Selon l’observatoire économique de l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), en 2013, le salaire moyen brut du secteur s’élève à 3 878 euros. Les services aux entreprises embauchent majoritairement de la main-d’œuvre chère, et donc qualifiée. Mais le panel de qualifications et de métiers est large. Les entreprises ont des besoins très variés qui nécessitent aussi bien l’intervention de personnel de ménage et de gardiens que d’ingénieurs ou de conseillers en tout genre (juridiques notamment). Le secteur se porte bien, et ce depuis quelque temps déjà. Selon l’Acoss, l’emploi y a augmenté de 9,6 % entre 2007 et 2012, alors qu’il a globalement baissé de 0,7 %.
SANTÉ ET AIDE À DOMICILE : 280 000 créations d’emplois d’ici à 2020.

« Les infirmiers, les aides-soignants et les aides à domicile figureraient parmi les métiers bénéficiant des plus importants volumes de créations d’emplois à l’horizon 2020. » Voilà ce qu’on peut lire dans l’analyse intitulée Les Métiers en 2020, réalisée par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP). La croissance de la santé et de l’aide à domicile est due à la combinaison de deux facteurs : le vieillissement de la population et le travail des femmes. « Désormais, les deux conjoints travaillent. Ils ont moins de temps mais plus d’argent. Leur demande en services d’aide à domicile est donc plus grande », explique Véronique Deprez-Boudier, chef du département travail-emploi au CGSP.

RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT : 81 000 créations d’emplois d’ici à 2020.

L’évolution des embauches entre 2000 et 2010 dans ce secteur permet de mesurer la folle évolution de la recherche et développement (R & D) : 55 % d’employés en plus, selon l’Acoss. Un chiffre record qui s’explique par le fait que les entreprises recrutent de plus en plus de docteurs (bac + 8). Inutile de dire que le crédit d’impôt recherche, aide fiscale mise en place en 2008, n’y est pas pour rien. En entreprise, la R & D a pour but de créer des produits, des procédés ou des services innovants. Les secteurs où la recherche est la plus dynamique sont l’automobile, l’informatique, l’aéronautique, l’industrie pharmaceutique, les biotechnologies et l’agroalimentaire.

ACTIVITÉS INFORMATIQUES : 80 000 créations d’emplois d’ici à 2020.

Selon l’Acoss, l’emploi dans ce secteur a augmenté de 15,4 % entre 2007 et 2012, et il y a de fortes chances pour qu’il continue sur sa lancée au regard du développement des nouvelles technologies. L’informatique recrute, mais qui ? Les entreprises du secteur jettent désormais majoritairement leur dévolu sur les ingénieurs (bac + 5). Les plus recrutés sont les spécialistes de la datamasse (ou « big data »), du cloud, des réseaux. Les techniciens (bac + 2, bac + 3), délaissés, connaissent quant à eux un taux de chômage très élevé, de l’ordre de 14 %. Selon le « Guide des secteurs qui recrutent » du centre d’information et de documentation jeunesse, 77 % des salariés de l’informatique ont moins de 45 ans, et 27,5 % moins de 30 ans. Des métiers jeunes, donc.

HÉBERGEMENT ET RESTAURATION : 70 000 créations d’emplois d’ici à 2020.

Ce secteur recrute majoritairement de la main-d’œuvre pas ou peu qualifiée comme des serveurs, mais aussi beaucoup de cuisiniers (20 000 d’ici à 2020). « C’est le premier pôle de recrutement national, souligne Anita Bonnet, responsable du département études et recherche à Pôle emploi. Sur la totalité des projets d’embauches, 14 % en moyenne auront lieu dans l’hôtellerie-restauration. Ce pourcentage oscille peu d’année en année. » Gare toutefois à 2014. « Les effets de la hausse de la TVA vont se faire ressentir, poursuit Mme Bonnet. Mais nous ne savons pas encore jusqu’à quel point cette hausse, même faible, peu infléchir les embauches.